Pour son retour en politique, Jospin innove : il lance la "politique-réalité". Avec un petit air d'auto-critique soviétique. Quand même.
S'il est une chose que Lionel Jospin partage avec un troubadour hollandais dont le prénom commence par Dave, c'est une faculté à faire des come-backs incessants, alors même que la ménagère de moins de 50 ans l'avait déjà tranquillement enterré dans la pile des "Ici Paris" au fond du garage.
Pour fêter son 78e retour en politique, Lionel Jospin, qui doit s'ennuyer ferme à l'île de Ré, a décidé de s'adresser à ses camarades socialistes, eux-mêmes en pleine digestion de petits fours et de discours de Jean-Paul Huchon.
Et pour une fois, Lionel revient sur les causes de son retrait (définitif, on n'invente rien) de la vie politique (source le Figaro) :
"Vous avez vu beaucoup d'armées mener une deuxième bataille avec un général vaincu ? J'ai pensé que si je prenais sur moi, symboliquement, physiquement et tristement, le choc de cette défaite, alors, peut-être, vos chances en étaient augmentées dans la bataille des législatives, et non affaiblies."
Et d'ajouter :
"Vous pouvez agir pendant cinq ans, faire des choses formidables et c'est sur un mot que vous êtes jugé !"
Bref, si Lionel s'est retiré (définitivement, si si) de la vie politique, c'est pour laisser toutes ses chances au PS. Et parce que les électeurs n'ont rien compris. C'est émouvant. A tel point que, toujours selon le Figaro, "Martine Aubry pleure, Bertrand Delanoë n'en est pas loin. Strauss-kahniens et fabiusiens arrêtent de ricaner, comme sonnés par cet exercice inattendu de politique-réalité."
C'est tellement touchant qu'on en oublierait presque les 60 millions d'habitants qu'on aimerait bien gouverner à partir de 2007. La politique serait tellement plus simple, sans électeurs.
Rumsfeld le promet : l'Irak, c'est chouette, c'est juste que les touristes n'ont rien compris.
S'il est un pays qui truste les informations en ce début de semaine, c'est l'Irak. Malheureusement, parler d'Irak revient souvent à ajouter "attentat", "bombe" et "mort" dans la même phrase. On pourra aussi tenter une variante avec "fusillade", mais le fond reste le même.
Et quand bien même le nouveau président affirmerait qu'on est encore loin de la guerre civile, les faits sont là. Pour ce week-end seulement, on dénombrait pas moins de 19 soldats tués, 40 civils et 40 rebelles, au sud de Bagdad. Bagdad où, le même week-end, un attentat faisait 11 morts.
A peu près 110 morts ces seules dernières 48 heures, presque un mort toutes les 20 minutes. Et des blessés à la pelle (sources BBC News et The Guardian).
On estime le bilan de ces quatre derniers mois à plus de 1000 morts dans le pays, mais on estime seulement, car tous semblent avoir été lassés de compter. Si l'on en croit Iraq Body Count, on serait quelque part entre quarante et quarante-cinq mille morts, à cette date.
Lundi, une bombe a fait 17 morts et 45 blessés en Afghanistan (source Times of India). Les chiffres irakiens ne sont pas encore arrivés.
Les bilans ne sont plus officiels, les morts se multiplient et Rumsfeld se fâche : si de plus en plus d'Américains se lèvent contre la gestion de la guerre en Irak, c'est parce qu'ils "manquent de perspective". Et qu'il ne faut surtout pas donner l'impression de se remettre en cause, au risque de"miner les efforts dans la longue guerre contre un ennemi déterminé" (source ABC News, The World News Daily Blog).
Tant il est vrai qu'à la vue du bilan actuel, toute remise en question serait dommage. Et salement superflue.