Sarkozy avait promis de la transparence dans les résultats de son ministère. Et selon certains magistrats français, les chiffres sont effectivement devenus tellement transparents qu'on n'arrive plus à les lire.
En cette semaine de premier tour, 404 est plus calme que d'habitude, pour cause de suractivité dans d'autres domaines (on arrive, on arrive). Mais on ne peut s'empêcher de coller un lien vers le livre "Ruptures", du vice-président au tribunal de Paris et président de la 12e Chambre correctionnelle Serge Portelli.
Programmé pour sortir avant la campagne présidentielle, le livre a finalement été rejeté par les éditions Michalon, pour cause de "pressions" selon l'auteur, de qualité médiocre selon l'éditeur (source). Les adeptes de complots apprécieront sans doute par ailleurs le fait que Yves Michalon soit dans la vie un ami de Sarkozy.
Le livre, diffusé faute d'éditeur sous licence Creative Commons, dresse un portait des (vrais?) résultats de la politique de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur, des dérives possibles et de celles qui ont déjà eu lieu. Avec cette citation reprise de Churchill en guise d'introduction : "Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées". À emporter sous le coude, dans l'isoloir, donc.
Livre en PDF (102 pages), en Creative Commons, livre en ligne sur Betapolitique.
Histoire de faire devant son ordinateur comme devant sa télé, la campagne de ces derniers jours en images qui bougent. Et sur Internet en plus.
Puisque, comme disait en son temps Pompidou ou quelqu'un d'autre, l'ORTF est l'avenir de l'humanité, il était grand temps de faire un détour par les dernières vidéos de campagne présidentielle qui circulent sur le web. Et qui dit vidéo, dit people, et inversement (ou pas).
Ça commence avec un soutien de poids (cough) pour Ségolène Royal en la personne d'un BHL même pas entartré qui espère très fort que sa candidate soit au second tour (vidéo iTélé). Et tant qu'on est dans le people haut de gamme, Dominique Farrugia soutient de son côté (re-cough) Nicolas Sarkozy. Même s'il n'ose pas trop le dire. Enfin un peu quand même. Mais en fait non. Enfin bref (vidéo La Télé Libre). Enfin, et puisque ce sont les rois du showbiz, un autre tour à l'UMP nous apprend en vrac que Sarkozy a copié le programme politique de Steevy (trop déliiiire), que, ô surprise, François Sarkozy soutient son frère et qu'enfin, Alain Prost a "une certaine vision non seulement des choses mais des difficultés qu'on a mais qu'on peut avoir si on ne change pas". Et le contraire, non? Tout un programme. Les preuves ici (NS TV).
Dans les soutiens de Sarkozy, on compte aussi Claude Goasguen qui, piégé par les YesMen pour LeLab.tv, trouve que ce serait super chouette hyper top d'envoyer des Airbus A380 chargés de glaçons pour reformer la banquise. Et sérieusement en plus (vidéo LeLab.tv).
Sinon, en vrac sur les écrans, Rachida Dati se verrait bien future ministre, dans le texte - sic - "de la rénovation urbaine à coup de Kärcher" (vidéo LaTéléLibre), Le Pen se verrait bien démocrate (vidéo Canal+) et Sarkozy qui n'aime pas qu'on dise du mal de lui se verrait bien faire le ménage à l'ORTF (Vidéo France 5).
Pour finir, un coup de coeur spécial pour la spectaculaire télé-génie de Gérard Schivardi (vidéo G. Schivardi) et pour la question brillante d'avant-gardisme politique d'un bloggueur aux sauteries du mardi à l'UMP (vidéo DM).
Comme disait un acteur pas encore mort, "Il ne faut jamais oublier que la télévision n'est qu'un appareil électroménager". C'est fait.
On se demandait pourquoi Sarkozy voulait pister les délinquants au berceau : on a enfin la réponse.
A l'époque, on avait trouvé ça scandaleux, en tout cas franchement ridicule : Sarkozy, dans sa loi de prévention de la délinquance, voulait détecter les syndromes de la délinquance chez les enfants à partir de... 3 ans. Si. Parce qu'un enfant agité en crèche avait, selon le candidat à la présidentielle, de plus grandes chances que les autres de (rayez les mentions inutiles) brûler une vieille, détrousser une voiture ou cracher dans des dahlias.
Depuis, maternelles, collèges, lycées et organismes chargés du versement des prestations familiales doivent communiquer au maire des "données nominatives utiles" (source, en particulier Article 9).
Derrière ce besoin de recenser au plus tôt les fauteurs de trouble et autres rebelles à l'autorité se cache une philosophie bien étrange du candidat à la présidentielle et dévoilée cette semaine par le magazine "Philosophie" : lors d'un entretien avec le philosophe Michel Onfray, Sarkozy expose son point de vue (on s'assoit pour lire ça, merci). Dans le texte, dixit Nicolas Sarkozy (source) :
"Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense."
Voilà qui clair : les pédophiles naissent pédophiles, les délinquants naissent délinquants. Autant les choper au berceau pour éviter qu'ils fassent du mal. Pour ceux qui ne naissent ni pédophiles, ni délinquants, s'ils ne sont pas génétiquement inadaptés au système, on verra ce qu'on peut en faire.
Finalement dans 1984, Orwell s'était trompé.
De 23 ans.
Le passé est-il un gros mot dans la campagne actuelle? Pas si l'on prend soin de ne pas s'inclure dedans.
Où que l'on cherche dans les discours de Sarkozy ou de Ségolène, c'est "avenir", "futur", "après", "demain", "destin", "prochain" ou encore "suivant" qui tiennent le haut du pavé de la redondance verbale. Mais pour autant que la projection dans le futur puisse être un passe-temps rigolo, il faudrait peut-être voir à ne pas complètement oublier le passé non plus. Ainsi, on pourra se délecter de Nicolas Sarkozy qui affirme, sans rire en plus, et sur le site officiel de sa campagne (source Sarkozy.fr) :
"[Je ne serai pas le candidat] qui volera aux Français le débat dont ils ont été privés en 2002 et qui a eu de lourdes conséquences sur le fonctionnement de notre démocratie, car les vrais problèmes n'ont pas été évoqués lors du deuxième tour de la présidentielle de 2002."
Cough. "De lourdes conséquences sur le fonctionnement de notre démocratie"? Juste pour savoir, il n'a pas été numéro 2 du gouvernement en quasi-permanence entre 2002 et 2007, Sarkozy? Il n'était pas concerné par "le fonctionnement de notre démocratie" à l'époque, le garçon?
Le candidat de l'UMP serait-il en proie à un Alzheimer précoce? Probablement pas. En fait, ce serait plutôt juste pour un sens formidable pour la formule à double sens. Preuve en est le contraste fantastique entre ses déclarations à la jeunesse dimanche dernier durant lesquelles il recyclait à son compte la phrase d'un pape mort ("N'ayez pas peur!", source Sarkozy.fr) et ce cliché (www - merci Human Target), pris devant le siège national de l'UMP (et pas devant le siège de campagne, amis de Flu) lors de la manifestation des salariés d'Alcatel devant leurs bureaux, situés dans la même rue.
C'est vrai qu'on l'imagine bien, d'un seul coup, la France d'après.
-- MISE A JOUR --
- pseALU ajoute : Cette photo date de la manif spontanée des salariés parisiens lors de l'annonce mi-février. Lors de la manif européenne de vendredi dernier, le déploiement de forces était beaucoup plus gros. Nous n'avons même pas pu aller devant notre siège (lien).
Les candidats à la campagne présidentielle l'ont bien compris : un débat avec un charcutier de l'Aveyron sera toujours moins compliqué que face à un opposant politique.
TF1, chaîne de divertissements (qui, doit-on le rappeler, a pour principale mission de libérer du temps de cerveau pour le vendre à Coca-Cola), a réussi le pari de s'imposer comme le rendez-vous clé de ce début de campagne présidentielle. Avec un ambitieux objectif : renouer le dialogue entre la ménagère de moins de cinquante ans et une classe politique, qui, dit-on, ne connait pas grand-chose des problèmes d'hypercholestérolémie dans le bas-Rhin. La conne.
Ainsi, pendant deux ou trois heures, ceux qui se présentent pour devenir chefs du pays doivent se plier au divertissant exercice de répondre aux questions toujours très pointues et sagaces d'auditeurs en manque de reconnaissance. Ainsi, on aura pu débattre autour de ce village de la Drome qui comptait, il y a deux ans encore, trois médecins et qui n'en compte désormais plus qu'une paire. Ainsi que du cas de cet unijambiste qui, lui, n'en compte pas une paire mais qui se demande pourquoi le prix des lunettes à double foyer a augmenté plus vite que le prix du Big Mac. Et surtout des programmes des candidats sur l'épineux sujet de la hausse du prix du charbon à barbecue.
Et, parce qu'il faut reconnaître aux hommes (et femmes) politiques français un minimum de compétences, les candidats savent s'adapter au niveau du débat. Conséquence logique, les réponses sont à la hauteur des questions : désolantes. L'un promet à un jeune qui s'est fait insulter par la police d'en discuter pendant le pot de l'amitié qui suit l'émission. L'autre tapote amicalement l'épaule d'un handicapé moteur pas trop content de son sort. L'habitant de la Drome s'est fait garantir un nouveau médecin, l'unijambiste une réduction d'impôt sur les lunettes à double foyer. Quant à la hausse du charbon, elle est, d'avis unanime, un péril qui met en danger l'intégrité même de la démocratie.
Personne ne remet en cause le financement des mesures, le droit ou l'impact de ce clientélisme sur la collectivité. Personne ne creuse, ne rebondit. Personne ne réagit, et ça tombe plutôt bien : le public n'a pas été invité pour ça.
Les journalistes sont aux abonnés absents, on fait de la politique-réalité et la démagogie s'en donne à coeur joie. Le tout devant 9 millions de téléspectateurs. Les analystes, chroniqueurs, opposants sont priés de rester dans les coulisses. Et de tenter de jeter un oeil critique sur des propositions vides de sens dans les journaux du lendemain matin.
Pour Royal, l'émission était "un moment de bonheur", pour l'UMP, les audiences "une bonne nouvelle" (source TF1). On n'en doute pas une seule seconde...
A peine quelques heures après le décès de l'abbé Pierre, les communiqués pleuvent. Avec un bien pour le PS et l'UDF, un passable pour l'UMP.
Les services de presse des deux principaux candidats ont eu leur dose travail ce lundi. Pour l'annonce de la (non) candidature de Nicolas Hulot, ils avaient prévu d'avance (oui, le pacte écologique est nôtre), autant, pour l'abbé Pierre, c'était un peu risqué de trop anticiper. Bilan des courses, un 18 sur 20 pour le service de presse de Ségolène qui bombardait son premier communiqué dès 9h21 ce matin.
Dans le texte : "Je m'engage à ce que les exigences qu'il a portées débouchent enfin sur des actes concrets et notamment par des réquisitions des logements vacants spéculatifs et par la construction d'un nombre suffisant de logements sociaux."
Appropriation du combat de l'abbé Pierre, collage d'un morceau de programme entre les lignes, du travail soigné, propre, un beau communiqué de candidat.
Côté UMP, en revanche, on concède difficilement un 12 sur 20, avec un message qui arrive (tardivement) à 12h27, longtemps après la bataille.
Dans le texte, signé Sarkozy : "L'abbé Pierre était la voix de l'insurrection et de l'interpellation. C'était un homme de combat. Entre le fatalisme et le cynisme, sa foi et son immense charisme nous ont entraînés sur les chemins de la bonté et de l'action (...) Son combat peut se résumer à un message plus actuel que jamais : celui de la dignité."
Pas d'appropriation du message de l'abbé, pas un seul morceau de programme de Sarko dans le texte. Un communiqué apparemment rédigé dans l'urgence après un week-end festif. Petite mention passable pour l'UMP, après la mort du longtemps préféré des Français, on fait un petit effort, on est à 3 mois de la présidentielle quand même.
Mention spéciale à l'UDF avec un Bayrou qui n'hésite pas sur la camaraderie : "Des milliers et des milliers d'hommes sans espoir ont pu se reprendre en main, se remettre debout en refusant tout appel à l'assistance. Ils sont debout parce que ce petit homme-là en soutane, avec ce caractère indomptable, a voulu leur tendre la main". Le petit homme appréciera.
La totalité des communiqués de presse de ceux qui ont dégainé le plus vite sont recensés ici.
La première réunion officielle entre l'UMP et les bloggueurs a donné le coup d'envoi de la campagne sur Internet. Conclusion : les pizzas étaient tout juste passables.
Les blogs sont-ils, comme on nous le jure depuis qu'on a fini de digérer la dinde de fin d'année, vraiment l'avenir de la campagne politique? Pour s'en assurer, pas de meilleur endroit où se rendre ce mardi soir que la conférence bloggueur organisée par le staff de la campagne en ligne de l'UMP. A quoi ressemble une réunion de bloggueurs qui parle de politique? Réponse, sans images.
Première constatation, le staff de Sarkozy s'est démené. Construire de toutes pièces un siège de campagne flambant neuf et couvert des tuiles à la moquette de slogans en faveur du chef de l'UMP en même pas deux jours (pour mémoire, l'élection du candidat a eu lieu dimanche), beaucoup de Parisiens englués dans les travaux en retard donneraient des fortunes pour connaître le nom de l'entrepreneur coupable de ce petit miracle.
Seconde constatation, durant la conférence, rien de très nouveau. Le Meur répète une bonne vingtaine de fois que certes, sur le site de Sarkozy, commentaires et questions sont "triés" mais que sur son blog perso, ça fait 3 ans et demi qu'il ne modère pas ses commentaires. Dans la salle, tout le monde s'en fout poliment. La distribution de pizzas, arrivées par coursier, dispersera vite les bonnes âmes qui écoutent encore. Un responsable de campagne de l'UMP prend le micro pour demander aux invités de ne pas coller du fromage fondu sur la moquette. Elle est toute neuve et (dans le texte), il en va de l'image des bloggueurs. On est prévenus. Sur chaque mur que compte la pièce, la home page de Sarkozy.fr (www) diffuse, en continu, le compte à rebours jusqu'au premier tour... en millisecondes.
Loïc Le Meur continue au micro et raconte l'avènement de la NSTV (Nicolas Sarkozy TV, dont les quatre lettres rappellent furieusement les temps assez peu regrettés de l'ORTF). La conférence a commencé depuis moins d'une heure et déjà, ceux qui l'écoutent doivent se compter sur les doigts d'un doigt, le reste de l'assistance fait ce que les bloggueurs savent le mieux faire : parler entre eux.
De fait, plus des trois quarts des chaises sont vides. Au fond de la salle, les bloggueurs se sont réunis en groupe, papotent, se prennent en photo, parlent buzz, se promettent des liens, s'interviewent, se vidéocastent mutuellement dans un gigantesque égo-trip que ni l'élection 2007, ni la deuxième tournée de pizzas ne semble pouvoir perturber. Une équipe de France 2 papillonne, cherchant désespérément à donner du sens à leurs images, le tout amusant prodigieusement l'équipe de campagne encore sur place.
Les invités bloggueurs de ce mardi soir étaient-ils particulièrement dispersés, heureux de se revoir après des mois d'absence, ou bien faut-il y voir un symbole de la (vraie) implication des blogs dans la campagne? Reste qu'au moment de passer aux questions sur le programme politique du candidat Sarkozy, personne n'écoute vraiment, on se marre trop au fond de la salle.
En sortant, un petit coup d'oeil sous la magistrale cage d'escalier de l'entrée dévoile un gigantesque portrait de Sarkozy qui semble surveiller, du haut de ses probables deux mètres, la porte d'entrée et la rue. Portrait qui en dit sans doute bien plus sur la campagne que les gesticulations de l'étage d'au-dessus. Et s'il était temps de parler politique? (illustration empruntée à Thomas Clément)
A défaut d'avoir quelque chose à dire dans la campagne, le web a au moins une qualité : de bons commerciaux.
On le rappelle pour ceux qui n'auraient pas allumé une télévision, une radio ou ouvert un journal ces derniers quinze jours : la campagne électorale, c'est sur Internet. Oui oui oui, sur Internet. Parce que, c'est bien connu, Internet, 'y a que ça de vrai. La preuve, Sarkozy a fait un podcast. Et s'est même enjoint les éclairés conseils du Madelin du Web, Loic Le Meur.
Bon, que la majorité des votants français se fiche des blogs comme de savoir qui de Sedan ou Rethel emporte les intercommunales de waterpolo semble avoir un peu échappé au débat. Tout comme le fait que chez les bloggueurs et lecteurs de blogs, ceux qui n'ont même pas encore l'âge de regarder Dragon Ball soient largement surreprésentés. Non, ce qui importe, c'est que "d'après Médiamétrie, il y a huit millions de lecteurs des blogs en France. C'est plus que la presse écrite!". Oooh (Le Meur, in Le Figaro).
Alors, un seul mot d'ordre, tous à fond pour surfer la vague digitale comme autant de Kelly Slater sur des teraoctets de bon goût numérique.
Du coup, Sarkozy podcaste (www), recrute Le Meur (www), commente les blogs (www), se fait siffler (www), Ségolène fait son blog (www), Bayrou ne parle plus que par modems interposés (www), le FN s'incruste dans Second Life (www) et De Villers se fait hacker son site (www).
Dernière fantaisie en date, le PS installe un QG de campagne dans les mondes virtuels (www). Et Royal d'y rendre une (virtuelle également) visite ou, comme dans la vraie vie, son avatar est (presque) bien habillé (www, screenshots ici).
Derrière l'angoissante question "mais comment font nos futurs dirigeants pour avoir autant de temps pour faire les pitres sur Internet" se pose la non moins lancinante interrogation suivante : les futurs candidats ont-ils bien compris que la principale caractéristique des blogs est quand même de faire beaucoup de bruit pour rien? Quelqu'un a-t-il déjà changé de bord politique en lisant le blog de Loic Le Meur ? Et franchement, réalisent-ils bien que se mettre les avatars de Second Life dans la poche, c'est rigolo mais que les bulletins de vote en kilo-octets pèsent autant dans l'élection qu'un livre d'Alexandre Jardin dans la littérature française?
Plus de news demain, 404 étant ce soir invité au QG de campagne de l'UMP pour une réunion spéciale "bloggueurs". On en rit d'avance. Quant à ceux qui n'ont pas le haut débit, ils peuvent toujours aller voter Pompidou, pour voir.
A l'UMP, c'est basique, ne pas choisir Sarko, c'est un peu choisir Le Pen.
Chaque semaine sa rumeur de campagne et ses calculs statistiques d'une fiabilité à toute épreuve. Depuis lundi, c'est la semaine Le Pen. Le Pen qui se voit déjà en haut de l'affiche, en dix fois plus gros que n'importe qui son nom s'étalait et machin chose. Parce que Le Pen surfe encore sur la vague d'avril 2002 où, poussé par l'incroyable performance combinée d'un Jospin et d'un Chirac particulièrement en forme, le Front National s'est retrouvé au second tour des présidentielles.
"Comme en 2002, je vais probablement être au deuxième tour de l’élection. Mais à la différence de 2002, je peux en 2007 gagner cette élection, car je serai probablement opposé à la candidate de gauche, ce qui offrira au moins aux électeurs le choix entre deux options radicalement différentes" a déclaré, guilleret, le président du FN lors de ses voeux à la presse.
Depuis, la déclaration ne cesse de rebondir dans les états majors de campagne, et dans celui de l'UMP en particulier. Et l'acharnement dont fait preuve la droite à ressasser les propos de Le Pen laisserait presque à penser que la menace frontiste est un cheval de bataille largement pratique pour faire taire, une bonne fois pour toutes, la dissidence.
Ainsi, à Villepin, Bernard Accoyer passe un message sans ambiguïté, brandissant la menace de "la machine à perdre" et d'un "21 avril à l'envers, qui laisserait la candidate socialiste Ségolène Royal affronter Jean-Marie Le Pen au second tour" (source La Tribune).
Côté Michèle Alliot-Marie, un possible retrait de sa candidature est de plus en plus évoqué pour éviter, devinez quoi... un duel Royal - Le Pen au second tour. Et même le mari de la ministre de la défense s'y met: "il ne faut pas se cacher derrière petit doigt, il y a un risque, ce risque fait partie de la réflexion" (source Nouvel Obs).
Le Pen qui rendrait service à Sarkozy? Certes, le président du FN considère qu'un électeur du FN n'est rien d'autre qu'un électeur de l'UMP qui s'est fait cambrioler deux fois (dans le texte), mais à ce point? "Pourquoi je ménage Nicolas Sarkozy? Parce que j'aurai besoin de ses voix au deuxième tour!" (source France Matin).
Trêve de calculs politiciens, certains l'ont bien compris : en fin de course, le vrai débat autour de l'élection présidentielle se situe véritablement ailleurs. On parle enfin programme...
Les présidentielles sur 404 :
- L'UMP ne veut plus nourrir ceux qui ne votent pas Nicolas
- La poisse poursuit Sarkozy
- Primaires déprimantes
Un seul candidat égale forcément pas d'opposition, non ? En tout cas, à l'UMP, on voudrait que ce soit le cas.
Qu'on se le dise, dans les équipes de l'UMP, campagne interne (qui doit se solder ce dimanche par l'élection à 100% des voix du seul candidat encore debout, Nicolas Sarkozy) ou pas, on fait attention aux notes de frais. Ou en tout cas avec qui on partage le gâteau.
C'est en substance ce que vient de souligner Edouard Balladur, histoire de remettre en place ceux qui ne sont pas d'accord avec le chef de la majorité. Parce que oui, grosse surprise, il reste des non-Sarkozystes à l'UMP (source Libération).
Sur RTL, celui qui avait failli devenir président de la République à son époque donne son avis sur les opposants de Sarkozy : "Les uns disent je ne voterai pas pour lui ; l'autre dit, je m'abstiendrai. Le troisième, je viendrai déjeuner mais je ne voterai pas (...) C'est désespérant (...) il est temps que chacun se ressaisisse et qu'on cesse de donner ce spectacle ridicule." (sourceReuters / Le Monde, merci à Marie pour l'information)
Vu qu'il n'y a qu'un seul candidat engagé dans la course, le message est clair, les opposants ne sont plus les bienvenus. Et surtout pas pour profiter de la cantine de l'UMP. Celui qui veut manger devra voter Sarkozy. On espère que le message est clair.
Apparemment, pour Sarkozy, le réveillon n'a pas encore fait passer la malédiction "décembre 2006".
Après l'expatriation de Johnny, le redressement fiscal de Doc Gyneco et les ambitions géo-stratégiques du philosophe Sevran, on pensait qu'il ne pouvait probablement plus rien arriver à Sarkozy. Apparemment, le chef de l'UMP a quand même décidé de commencer 2007 comme il a fini 2006, tentant de remettre au goût du jour la maxime de son nouvel ami Raffarin "la route est droite mais la pente est raide (et tout et tout)".
D'abord, parce qu'on sait que c'est extrêmement fiable, un sondage donnerait Ségolène Royal vainqueur au second tour dans le cas d'un duel avec Sarkozy (source Le Monde). Ca, à la limite, on veut bien le concevoir. Mais là, c'est ses ouailles mêmes qui se retournent contre lui. Des habitants de Neuilly, riante cité assez mal reconnue pour son esprit rebelle, ont ouvert un blog en faveur d'Alliot-Marie. Si. Un coup de poignard dans le dos, on vous dit. Les responsables n'ont pas laissé d'adresse, probablement terrifiés à l'idée de voir la police débarquer en rollers et VTT dans leur rue (Neuilly avec Alliot Marie, pêché via Kandidatür).
Ensuite, c'est Marianne qui explique qu'en plus de MAM, Sarkozy pourrait bien avoir une écharde de la taille d'un baobab en fin de croissance dans le pied en la personne de Chirac lui-même. Selon Maurice Szafran, le président serait décidé à couper à la tronçonneuse l'herbe sous le pied à son ministre de l'intérieur, et tant pis si quelqu'un y laisse une jambe (source Marianne).
Comme si ça ne suffisait pas, le nom (et presque le logo) de l'UMP ont été recyclés en Belgique par un parti qui considère Sarkozy comme "un homme d'exception". Seul hic, l'UMP Belgique (puisque c'est son nom, avec un point com) a été fondée par un des leaders de l'extrême-droite locale (source resistance.be). Alors du coup, l'UMP Belgique (avec un point be) n'est pas contente. Forcément. L'UMP (avec un point org) non plus. Quant à l'UMP (avec un point fr), ils s'en foutent. Ils sont anti-Sarko. Compris?
Et avec tout ça, pas moyen de se détendre non plus. Le candidat UMP aurait annulé un déplacement en Suisse, l'affaire Johnny commençant à passablement fatiguer les concitoyens outre Léman (source 20 minutes). Avec tout ça, 'manquerait plus que Le Pen se déclare de centre-droite. Ah, tiens, ça aussi (source MSN / AFP)?
Episodes précédents sur 404:
- Sarkozy n'a pas de chance avec ses people.
- Primaires déprimantes.
- Big Brother Awards 2007 : la course est lancée.
L'UMP a-t-elle des people qui lui ressemblent ?
Mauvais début de mois pour Nicolas Sarkozy. Outre sa décriée présence (et conférence) à la sauterie du Web3, ce sont maintenant ses people qui lui claquent dans les doigts les uns après les autres.
Supporter annoncé de l'UMP, Doc Gynéco d'abord récolte plus d'un demi-million d'euros d'amende pour avoir un brin fraudé le fisc. Puis c'est au tour de Pascal Sevran, relais de l'UMP auprès des maisons de retraite, qui se prend la permanente dans le tapis en confondant le 7e tome (c'est écrit très gros, 3e âge oblige) de sa biographie avec une analyse de géopolitique qui propose, comme remède à la misère africaine, de stériliser les noirs (source Libération)...
Et comme si ça ne suffisait pas, le plus populaire des troubadours de l'UMP, Johnny lui-même, déçu de ne pas s'être fait naturaliser Belge, menace de s'exiler en Suisse pour ne plus avoir à payer ses impôts en France (source 20 minutes). Le VRP optique 2000.
Bref, avec deux fraudeurs fiscaux et un eugéniste aux conceptions géopolitiques néanderthaliennes dans ses rangs, l'UMP a un petit problème people. Côté 404, on aurait bien une solution à proposer...
A force d'organiser des élections pour savoir qui va pouvoir se présenter aux élections, l'homme politique va-t-il finir par être en campagne à plein temps ?
S'il est une chose que la droite et la gauche française partagent en cette fin d'année 2006, c'est un goût immodéré pour le grand écart linguistique, la sublimation de la phrase assassine qui transforme le compliment en coup de poignard entre les omoplates. Et c'est la droite qui ouvre le feu avec un Chirac qui prouve à merveille que oui, on peut dire dans la même journée tout et son contraire avec le sourire et la nonchalance du bienheureux :
Ainsi, dans le Figaro, le chef de l'état déclare soutenir totalement son premier ministre et son ministre de l'intérieur, et va même jusqu'à "rendre hommage" à leur action, dans une déclaration qui sent vaguement le posthume quand même (source France 3). Mais chassez le naturel, il revient au galop, disent les éleveurs ardéchois. Alors, dans le même entretien, Chirac ne peut s'empêcher de mettre un petit taquet derrière le crâne du chef de l'UMP sous la forme délicate de "Ce qui compte pour moi, c'est qu'un ministre assume pleinement et totalement ses fonctions ministérielles" (source Nouvel Obs). Autant pour le ministre de l'intérieur, chef de parti, en pleine campagne pendant que les bus brûlent, donc.
Mais autant elle n'a pas le monopole du coeur, la droite n'a pas non plus le monopole des petits meurtres entre amis.
Côté PS, donc, dans un extraordinaire élan d'optimisme, chaque candidat sent que ça y est, c'est sûr et certain, son heure est arrivée.
DSK sentait, il y a deux semaines, un frémissement. La semaine dernière, c'était devenu un tremblement. Et cette semaine, c'est un mouvement (source Le Figaro). Rien que ça.
Pour Fabius, bon dernier pour l'instant, c'est le moment du lyrisme victorieux : "la lumière est en train d'apparaître" lâche-t-il (source Nouvel Obs). Son projet, il le dit, est "le seul capable de faire gagner les socialistes en 2007" (source Le Monde). Il sent "un vaste rassemblement" autour de lui (pour le candidat le plus mal placé, bravo) (source Boursier.com) et il continue dans le plagiat de son ancien chef : "aucun socialiste n'a le monopole du peuple" (source Nouvel Obs). Le peuple le remercie.
Du côté de Ségolène, on voudrait que se terminent au plus vite ces formalités et on appelle les militants à l'élire au premier tour, que ce soit fait une bonne fois pour toutes, merde à la fin (source Le Figaro).
Et puisque c'est la mode, même les verts s'y mettent en refusant la candidature d'un de leurs trois candidats principaux, Noël Mamère (source TF1/LCI).
Ah, et d'ici 2007, si on pouvait trouver cinq minutes pour parler de programme et d'avenir de la France, on vous en remercie tous d'avance.
Pour son retour en politique, Jospin innove : il lance la "politique-réalité". Avec un petit air d'auto-critique soviétique. Quand même.
S'il est une chose que Lionel Jospin partage avec un troubadour hollandais dont le prénom commence par Dave, c'est une faculté à faire des come-backs incessants, alors même que la ménagère de moins de 50 ans l'avait déjà tranquillement enterré dans la pile des "Ici Paris" au fond du garage.
Pour fêter son 78e retour en politique, Lionel Jospin, qui doit s'ennuyer ferme à l'île de Ré, a décidé de s'adresser à ses camarades socialistes, eux-mêmes en pleine digestion de petits fours et de discours de Jean-Paul Huchon.
Et pour une fois, Lionel revient sur les causes de son retrait (définitif, on n'invente rien) de la vie politique (source le Figaro) :
"Vous avez vu beaucoup d'armées mener une deuxième bataille avec un général vaincu ? J'ai pensé que si je prenais sur moi, symboliquement, physiquement et tristement, le choc de cette défaite, alors, peut-être, vos chances en étaient augmentées dans la bataille des législatives, et non affaiblies."
Et d'ajouter :
"Vous pouvez agir pendant cinq ans, faire des choses formidables et c'est sur un mot que vous êtes jugé !"
Bref, si Lionel s'est retiré (définitivement, si si) de la vie politique, c'est pour laisser toutes ses chances au PS. Et parce que les électeurs n'ont rien compris. C'est émouvant. A tel point que, toujours selon le Figaro, "Martine Aubry pleure, Bertrand Delanoë n'en est pas loin. Strauss-kahniens et fabiusiens arrêtent de ricaner, comme sonnés par cet exercice inattendu de politique-réalité."
C'est tellement touchant qu'on en oublierait presque les 60 millions d'habitants qu'on aimerait bien gouverner à partir de 2007. La politique serait tellement plus simple, sans électeurs.