Le téléchargement, c'est du vol. Certes. Mais demander 750 dollars de dédommagement par chanson, comment la justice appelle-t-elle cela?
Ils sont nombreux, les amoureux de musique, à s'offusquer des prix auxquels sont vendus les CD en magasin. Généralement entre quinze et trente euros la dizaine de chansons. Avec un chouette emballage impossible à ouvrir sans se ruiner les phalanges ou la santé intellectuelle, certes, mais cher quand même.
En fait, ce que l'acheteur ignore, c'est qu'en ne lui vendant son CD qu'une vingtaine d'euros, les maisons de disque lui font une énorme fleur. C'est en tout cas ce qu'a voulu faire croire, en ce début d'année 2007, la RIAA, gendarme américain de toutes les ventes de musique, des accords de Stravinsky aux bramades pré-accouplement de M. Pokora.
Parce que voilà, en jouant sur les mots (et en appliquant de la manière la plus stricte la loi américaine), la RIAA a laissé croire que chaque téléchargement illégal coûtait à l'industrie musicale la modique somme de 750 dollars. Et que chaque single téléchargé pouvait conduire à une condamnation de 150 000 dollars. Rien que ça. Alors, lorsque la RIAA a décidé d'attaquer en justice un site de téléchargement russe pour vente illégale de plus de 11 millions de chansons, nombreux ont été ceux qui ont fait la calcul et ont abouti au même résultat: un procès de 1,65 trillion de dollars (source The Inquirer).
La RIAA nie le fait (source IT Week), mais l'information a déjà fait le tour du web. Et a surtout attiré l'attention sur la disproportion entre les dommages demandés (750 dollars par titre) et les sommes réellement perdues par l'industrie du disque, qui restait totalement opaque sur le vrai coût d'une chanson au prix de gros. Une indiscrétion dans l'industrie a révélé que le coût d'un single sur le marché de gros, le revenu pour les maisons de disque en somme, se situait aux environs de 70 cents. 0,7 dollars. Soit un millième du dédommagement demandé par l'industrie du disque (source Slashdot).
En dehors d'être comique, cette disproportion met à mal la RIAA qui pourrait bien voir ses sanctions considérées comme injustes et contraire à la constitution américaine, puisque les dommages devraient se situer quelque part entre 3 et 7 dollars par chanson, loin des 750 demandés (source Arstechnica). Il n'en fallait pas plus pour que des goodies d'un genre nouveau, au symbole du gendarme des droits musicaux américains, ne refassent surface sur Internet (voir ici, chez Gizmodo).