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Le sagace observateur de l'actualité n'aura pas manqué de le noter de son oeil affûté : le premier ministre français n'est pas un modèle de popularité politique. Même pire, pour un peu, il passerait pour un incompétent notoire, dont la survie n'est assurée que par un président qui ne veut plus le lâcher. Tout comme son prédécesseur.
Alors que quelque temps en arrière, le rôle maître du premier ministre était celui de fusible, il semble qu'on s'acharne désormais à faire rester le plus longtemps possible ceux dont plus personne ne veut. Plus Raffarin et Villepin baissent, plus on leur accorde de confiance, de soutien. A tel point qu'on pourrait finir par se demander, si on était un tout petit peu de mauvaise foi, si l'impopularité ne serait pas devenue une clé du succès politique ?
Après tout, le premier pays du monde n'est-il pas gouverné par un président dont on doute même de la capacité à aligner sujet-verbe-complément sans se tromper sur chaque mot de plus de cinq lettres ? Par un type qui s'étouffe en mangeant un biscuit apéritif, qui tombe en vélo et est capable de dire "la plupart des Irakiens veulent vivre en paix dans un monde libre. Nous trouverons ces gens-là et les traînerons en justice" (Slate: "Bushism of the day, 27/10/03") ?
----- Article Etendu -----
Si Villepin et Raffarin n'ont pas encore des livres entiers consacrés à leur délires verbaux, ils partagent quand même avec Bush une certaine conception de la politique : celle de gouverner en étant détestés par la vaste majorité de leurs concitoyens. Sans doute libérés de la pression des sondages, ils sont également devenus d'imparables machines à faire passer leurs mesures sans même se donner la peine de leur donner une forme politiquement correcte.
A Raffarin la réforme des retraites, de l'assurance maladie, de la décentralisation, à Villepin le CNE, le CPE, la privatisation d'EDF et autres dossiers dans lesquels un homme politique normalement constitué n'aurait jamais mis le début du pied. Ils partagent un point commun : ce n'est pas la rue qui gouverne. Et si ce n'est pas la rue, il faut croire que ce ne sont pas les sondages non plus.
Comme Bush, Villepin et Raffarin se sont trouvé être extraordinairement efficaces pour faire passer des réformes impopulaires. En se moquant de l'opinion publique. L'impopularité devenue arme politique absolue. Parce qu'elle permet de s'affranchir de l'avis de ses concitoyens. Et parce qu'en se concentrant sur les sondages catastrophiques du camp adverse, l'opposition oublie de faire ce pourquoi elle est là : proposer une autre voie, une alternative crédible.
En revanche, on a beau chercher, on ne s'explique toujours pas pourquoi François Hollande veut absolument être impopulaire même avant d'être au pouvoir. Ces génies politique...

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